Santé des femmes au travail – Article par Christelle CHOLLET, Psychologue – Cabinet RENAI’Sens – Octobre 2026
La santé des femmes au travail, on en parle encore trop peu, même en Octobre Rose. Pourtant, c’est un vrai sujet de qualité de vie au travail, et il mérite qu’on s’y attarde au détour d’un article. 🎀
En bref 📌
- ✈️ Dans l’avion, on vous demande de mettre votre masque à oxygène avant d’aider les autres. Dans la vie, beaucoup de femmes font l’inverse, et ce n’est pas un défaut : c’est un réflexe appris.
- 🎀 Le cancer du sein, pris à temps, se soigne : la survie nette à 5 ans est de 88 %, et environ 60 % des cancers du sein sont détectés à un stade précoce.
- 🧠 La recherche montre qu’être bienveillante envers soi aide à prendre soin de sa santé, et qu’une équipe qui soutient ses salariées les protège de l’épuisement.
- 🌿 6 gestes pour les salariées, 4 pour les managers et les RH, et une FAQ avec des chiffres rassurants.
Lundi matin, 8 h 45. Vous avez déjà déposé les enfants, répondu à trois mails dans le train et dit « oui, pas de souci » à une collègue qui vous demandait un petit coup de main. Sur votre bureau, il y a le dossier urgent. Dans un coin de votre tête, il y a aussi ce rendez-vous de santé que vous remettez à plus tard : « Après le bouclage. Après les vacances. Après… ». 😌
Si ça vous parle, respirez : vous n’êtes ni négligente, ni désorganisée. Vous faites ce que font énormément de femmes, qui passent après les autres, par attention, par conscience professionnelle, par habitude. Octobre Rose est une belle occasion d’en parler avec douceur, sans reproche, et de se demander ensemble : et si on se donnait, nous aussi, un peu de place ?
1. Le masque à oxygène : une image qui dit tout ✈️
Vous connaissez la consigne donnée au début d’un vol quand vous prenez l’avion: « En cas de dépressurisation, placez d’abord votre masque, puis aidez les personnes qui ont besoin d’assistance. » Ce n’est pas de l’égoïsme, c’est de la logique : si vous manquez d’air, vous ne pouvez aider personne.
Dans la vie professionnelle et personnelle, c’est exactement pareil. Votre santé, votre énergie, votre sérénité sont ce qui permet de s’occuper des enfants, des parents, des collègues, des clientes. Prendre soin de soi n’enlève rien aux autres : cela leur donne une version de vous plus disponible et plus solide. 💪
La poète et militante Audre Lorde l’écrivait en 1988 : « prendre soin de soi n’est pas de l’indulgence, c’est de la préservation de soi » (A Burst of Light).
2. Santé des femmes au travail : pourquoi on se met toujours en dernier 🗂️
Voici ce que j’entends souvent chez les personnes que j’accompagne :
- « Je ne peux pas m’absenter, personne ne peut me remplacer. » 🙈
- « Je ne veux pas faire peser mon absence sur l’équipe. »
- « Ce n’est sûrement rien, je ne vais pas déranger pour ça. »
- « Je verrai ça quand j’aurai moins de travail. » (Spoiler : ce jour n’arrive jamais. 😅)
Ces phrases ne disent pas un manque de courage. Elles disent un sens des responsabilités, parfois démesuré, et des charges de travail qui laissent souvent peu de marge. Selon le modèle « exigences-ressources » du travail (Demerouti et coll., 2001), l’épuisement apparaît lorsque les exigences s’accumulent sans ressources suffisantes (autonomie, soutien de l’équipe, reconnaissance). Quand la marge disparaît, c’est la santé qui sert de variable d’ajustement, et les rendez-vous médicaux sont les premiers à sauter.
Le burn-out, décrit par Maslach et Jackson (1981), commence souvent ainsi : par un long oubli de soi, discret, que tout le monde trouve admirable… jusqu’à ce que le corps dise stop.
🏠 Petit encart : et à la maison, c’est souvent pareil
Le phénomène ne s’arrête pas à la porte du bureau. D’après l’enquête Emploi du temps de l’Insee (2009-2010), l’écart entre les femmes et les hommes sur les tâches domestiques était d’environ 1 h 30 par jour.
Et cela ne compte pas la « charge mentale », ce travail invisible qui consiste à penser à tout : le rendez-vous chez le dentiste, les fournitures scolaires, le cadeau d’anniversaire (Haicault, 1984). Résultat : on enchaîne une deuxième journée, et la santé personnelle passe après le reste de la liste.
Ce n’est ni une fatalité, ni un reproche : c’est une réalité qui se partage, se parle et se rééquilibre, petit à petit. 💞
3. Ce que dit la recherche : la bienveillance, un vrai soutien pour la santé 🔬
L’auto-compassion. La chercheuse Kristin Neff (2003) la décrit en trois ingrédients : être bienveillante envers soi, se rappeler que l’on n’est pas la seule à traverser ces difficultés, et observer ses émotions sans les juger. Une méta-analyse de Sirois, Kitner et Hirsch (2015) relie l’auto-compassion à davantage de comportements favorables à la santé (sommeil, activité physique, alimentation, gestion du stress). Autrement dit, être douce avec soi ne rend pas paresseuse : cela aide à prendre soin de soi.
Les émotions positives, un carburant. Pour Barbara Fredrickson (2001), les émotions positives élargissent notre attention et construisent, avec le temps, des ressources durables : énergie, liens, créativité. Une pause qui fait du bien n’est pas du temps perdu, c’est un investissement.
Les ressources au travail protègent. Toujours selon le modèle exigences-ressources (Demerouti et coll., 2001), le soutien des collègues, l’autonomie et la reconnaissance atténuent l’impact d’une charge élevée. D’où l’intérêt d’agir à deux niveaux : chacune pour soi, et l’entreprise pour toutes.
4. Six gestes pour vous mettre (enfin) en priorité, avec douceur ✅
1️⃣ Bloquer votre rendez-vous santé dans l’agenda partagé.
Comment ? Posez la mammographie ou le suivi comme un rendez-vous client : un créneau, un rappel, un « indisponible ». Pas besoin de détailler.
Pourquoi ? Ce qui est dans l’agenda existe. Ce qui reste « dans un coin de la tête » est doublé par l’urgence.
2️⃣ Faire le test de l’amie. 👭
Comment ? Demandez-vous : « Que dirais-je à ma meilleure collègue si c’était elle ? » Vous lui diriez d’y aller sans hésiter.
Pourquoi ? C’est un exercice classique d’auto-compassion (Neff, 2003) : il aide à prendre de la distance avec la petite voix intérieure qui minimise.
3️⃣ Préparer une phrase simple pour en parler au travail. 🗣️
Comment ? Par exemple : « J’ai un rendez-vous médical important mardi à 10 h, je m’organise pour que tout soit couvert. » Court, clair, sans justification.
Pourquoi ? Une phrase prête à l’emploi évite de s’excuser longuement et de se sentir mal à l’aise.
4️⃣ Déléguer une tâche entière, pas juste « un coup de main ». 🤝
Comment ? Choisissez un dossier ou une tâche domestique, et confiez-la de A à Z, planification comprise.
Pourquoi ? Déléguer l’exécution sans déléguer la responsabilité mentale ne soulage presque pas (Haicault, 1984).
5️⃣ Glisser 10 minutes à vous dans la journée. ☕
Comment ? Pause thé, marche, trois respirations profondes avant la prochaine réunion, un coup d’œil par la fenêtre.
Pourquoi ? Les petites pauses régulières nourrissent les émotions positives et la récupération (Fredrickson, 2001).
6️⃣ Se faire accompagner quand tout se bouscule. 💬
Comment ? En parler à un(e) proche, au médecin du travail, ou à un(e) psychologue.
Pourquoi ? Mettre des mots sur la surcharge, comprendre d’où elle vient et apprendre à poser ses limites est plus facile à plusieurs.
5. Et pour les managers et les RH : quatre gestes qui changent tout 🏢
La santé des salariées n’est pas qu’une affaire privée. Une équipe qui se sent soutenue tient mieux dans la durée (Demerouti et coll., 2001). Quelques idées simples :
- 📣 Dire que c’est normal. Un mot de la direction en octobre : « Prenez le temps de vos rendez-vous de santé, nous nous organisons. » Cela lève le frein de la peur de déranger.
- 🗓️ Faciliter l’organisation. Souplesse d’horaires, planning prévenu à l’avance, remplacements anticipés. Selon votre convention collective ou votre accord d’entreprise, des facilités peuvent exister : renseignez-vous auprès des RH ou de la médecine du travail.
- 🩺 Informer. Un affichage, un mail ou une intervention de la médecine du travail sur le dépistage, avec des chiffres sobres et rassurants.
- 👂 Montrer l’exemple. Quand un(e) manager parle de ses propres rendez-vous, il devient plus facile pour l’équipe de faire pareil.
6. Martine, 52 ans, et la liste interminable ✉️
(Prénom modifié, situation inspirée de plusieurs accompagnements.)
Martine est responsable administrative. Elle gère un service, deux ados et une maman qui vieillit. Elle me dit un jour : « Je repousse ma mammographie depuis deux ans, je ne sais même plus pourquoi. » Après quelques séances, elle découvre la phrase qui tourne dans sa tête : « Les autres comptent sur moi. » On a travaillé sur l’image du masque à oxygène. Elle a posé son rendez-vous sur son agenda, prévenu son équipe avec une phrase simple et confié deux tâches à sa fille. Le jour J, elle m’a écrit : « Je me suis sentie un peu fière, un peu légère. Et personne ne s’est effondré ! » 🌸
7. Pour aller plus loin 📚
Quand on jongle entre le bureau et la maison, 🎒 Fin d’année scolaire : le burn-out du parent salarié vous dira que cette double journée n’a rien d’une faiblesse personnelle, et comment la rendre plus légère.
Envie de vous réconcilier avec vous-même ? 💗 Dans L’amour de soi : pourquoi le cultiver ?, on parle de ce que l’on s’autorise (ou pas) et de la façon de s’y entraîner pas à pas.
Si vous êtes à plat sans trop savoir pourquoi, 😮💨 Fatigue émotionnelle : reprenez les commandes de votre vie ! vous aide à reconnaître ce poids invisible, celui que l’on porte pour tout le monde.
Et côté travail, un clin d’œil aux femmes qui s’effacent. 🌟 Célébrons nos forces au travail ! parle du pouvoir de l’authenticité féminine. De quoi se rappeler que votre place est légitime.
Cette petite voix qui dit « tu n’es pas à la hauteur » ? 🗣️ Elle a un nom, et elle se travaille : Syndrome de l’imposteur : comprendre et agir.
Quand tout s’accumule, Burn-out de la rentrée : 7 signaux à ne pas ignorer vous aide à repérer les petits signes que le corps envoie bien avant le grand « stop ».
Et pour les messieurs de l’équipe (ou de la maison 😉) : Auto-compassion : mode d’emploi (pour vous messieurs). Parce que prendre soin de soi n’est pas qu’une affaire de femmes.
8. Et maintenant ? 💬
Ce que vous venez de lire ne remplace pas un avis médical : pour votre dépistage ou vos symptômes, votre médecin, votre sage-femme ou votre gynécologue sont vos interlocuteurs de confiance.
Si vous vous êtes reconnue dans ces lignes, ou si vous êtes manager ou RH et souhaitez réfléchir à la santé des femmes au travail et à la qualité de vie au travail de vos équipes, Le Cabinet RENAI’Sens propose un premier échange sans engagement de 30 minutes, par téléphone ou en visio, pour en parler simplement. Les consultations ont lieu à distance, ou en présentiel à Houilles et à La Madeleine-de-Nonancourt.
👉 Réserver mon échange de 30 minutes
Et pour finir avec l’image du début : mettre votre masque à oxygène d’abord, c’est aussi la meilleure façon d’être là pour les autres. 🎀
FAQ : cancer du sein, des chiffres pour rassurer 🙋♀️
Le cancer du sein, est-ce fréquent ?
C’est le cancer le plus fréquent chez la femme : environ 61 000 nouveaux cas en France en 2023, soit un tiers des cancers féminins (Santé publique France, ARS Île-de-France). On estime qu’environ une femme sur huit y sera confrontée au cours de sa vie. Cela signifie aussi que beaucoup de femmes et de médecins connaissent très bien cette maladie, et que la recherche progresse en continu.
Peut-on en guérir ?
Oui, dans la grande majorité des cas. La survie nette standardisée à 5 ans est de 88 % pour les femmes diagnostiquées entre 2010 et 2015 (Institut national du cancer et Santé publique France). Le cancer du sein est considéré comme un cancer de bon pronostic.
Pourquoi parle-t-on autant du dépistage précoce ?
Parce que plus tôt on le détecte, plus il se soigne facilement, avec souvent des traitements moins lourds. Bonne nouvelle : environ 60 % des cancers du sein en France sont déjà détectés à un stade précoce (Institut national du cancer). Chaque rendez-vous pris à temps compte donc vraiment.
À partir de quand faut-il se faire dépister ?
Le dépistage organisé s’adresse aux femmes de 50 à 74 ans : une mammographie tous les deux ans, sur invitation de la CPAM. Dès 25 ans, l’Institut national du cancer recommande un examen des seins par un professionnel de santé une fois par an. En cas d’antécédents familiaux ou de symptôme, parlez-en à votre médecin sans attendre l’invitation.
Et si j’ai peur du résultat ?
C’est très humain, et très fréquent. Se donner le droit d’avoir peur, en parler à une personne de confiance et préparer le rendez-vous peut aider à franchir le pas. Ne pas y aller ne fait pas disparaître la peur, alors que savoir permet d’agir.
Comment en parler au travail ?
Un rendez-vous médical est un motif légitime. Une phrase courte suffit : « J’ai un rendez-vous médical, je m’organise pour que tout soit couvert. » Vous n’avez pas à détailler la raison.
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Bibliographie 📖
- ARS ÎLE-DE-FRANCE – Octobre rose 2025 : dépistage organisé et opérations de sensibilisation en Île-de-France – ARS Île-de-France (en ligne), 2025
- DEMEROUTI Evangelia, BAKKER Arnold B., NACHREINER Friedhelm, SCHAUFELI Wilmar B. – The job demands-resources model of burnout – Journal of Applied Psychology, 86(3), 2001
- FREDRICKSON Barbara L. – The role of positive emotions in positive psychology: the broaden-and-build theory of positive emotions – American Psychologist, 56(3), 2001
- HAICAULT Monique – La gestion ordinaire de la vie en deux – Sociologie du travail, 26(3), 1984
- INSEE – Depuis 11 ans, moins de tâches ménagères, plus d’Internet (enquête Emploi du temps 2009-2010) – Insee Première, 2011
- INSTITUT NATIONAL DU CANCER, SANTÉ PUBLIQUE FRANCE – Survie des personnes atteintes de cancer en France métropolitaine 1989-2018 : sein – INCa, 2020
- LORDE Audre – A Burst of Light – Firebrand Books, 1988
- MASLACH Christina, JACKSON Susan E. – The measurement of experienced burnout – Journal of Organizational Behavior, 2(2), 1981
- NEFF Kristin D. – Self-compassion: an alternative conceptualization of a healthy attitude toward oneself – Self and Identity, 2(2), 2003
- SANTÉ PUBLIQUE FRANCE – Participation au programme national de dépistage organisé du cancer du sein en 2024-2025 et évolution depuis 2010 – Santé publique France (en ligne), 2026
- SIROIS Fuschia M., KITNER Ryan, HIRSCH Jameson K. – Self-compassion, affect, and health-promoting behaviors – Health Psychology, 34(6), 2015
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Christelle CHOLLET - Psychologue clinicienne & Psychothérapeute - A Houilles et à distance - Cabinet RENAI'Sens
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